À quel prix

Présentation

Au bout d’une rue (d’une place, d’un parking…), une façade de maison (ou un bout de mur, ou encore palissade en tôles de chantier…) , un camion garé sur le coté, un groupe de personnes attend devant : c’est le public.

Une femme ordinaire, 40 – 50 ans, arrive par la rue, longe le trottoir, se rend au camion et s’installe à l’intérieur.Une personne, capuchonnée, un seau dans une main, des feuilles de papier dans l’autre, se dirige vers la façade. Elle commence à les coller. Un homme, posté au réverbère, s’adresse au public. Il dit le texte de Gail Pheterson, sociologue : «Les droits de l’ensemble des femmes sont indissolublement liés aux droits des prostituées parce que le stigmate de putain peut s’approprier à n’importe quelle femme pour disqualifier sa revendication à la légitimité et peut jeter la suspicion sur n’importe quelle femme accusée d’avoir pris une initiative dans le domaine économique et/ou sexuel. En dehors de critères culturels à la fois stricts et mouvants de ce qui est considéré comme convenable, ou au contraire transgressif dans le comportement des femmes, le sens se dissipe. Ôtez de l’échange économico-sexuel le stigmate de la putain, et la « prostitution » s’évapore.»

La personne à capuche quitte la rue. On peut lire sur la façade : PAS DE PUTE ICI. La femme sort du camion vêtue d’une minijupe, de talons hauts et d’une perruque : elle est TDS, travailleuse du sexe. Elle voit l’inscription sur le mur, va y arracher des feuilles et retourne à son camion. Elle attend. On peut lire sur le mur : PUTE ICI. Un homme se lève depuis le public et va à sa rencontre. Ils entrent dans le camion. La porte se ferme. Silence. S’entend alors, comme englobant le public, la parole intime entre la prostituée et son client.Ce qui se vit caché nous parvient, murmuré à l’oreille … comme voyeur auditif

Note d'intention

Au delà du travail du sexe qui reste un sujet de société tabou et peu questionné, nous interrogeons la liberté en général et plus particulièrement la liberté des femmes. La prostitution est le symbole politique de la sexualité, de la domination du fort sur le faible, de la relation entre les hommes et les femmes, entre les femmes entres elles, entre les riches et les pauvres, entre les dominants et les dominés.Doit-on autoriser, tolérer, interdire, empêcher, diaboliser ou défendre la prostitution ?
À QUEL PRIX est notre création pour faire entendre la parole intime, la parole politique des travailleurs du sexe qui se crie dans la rue et qui dit le stigmate, la marginalisation, la précarité, les violences systémiques mais aussi les ressources et l’empowerment. Parce que nous sommes femmes, hommes, mères, pères, filles, fils, citoyens sensibles de cette société.Parce que la société capitaliste impose un choix économique.Parce que la société patriarcale impose une place aux femmes et aux hommes.Parce que choisir le travail du sexe peut concerner chacun de nous.Parce que dire « je » c’est politique.Dans notre spectacle, les personnages se croisent, se rencontrent, s’opposent, se séduisent, se confortent, se heurtent, se désirent et s’aiment. L’intime se raconte grâce à un dispositif acoustique et fait place à l’autre, redessine la rue, dépasse l’image stéréotypée de la prostitution pour rencontrer le singulier, soi.Nous partons de l’intime de ces situations, de ces vies pour tendre vers l’universel où chacun peut se retrouver, se positionner, se projeter. Il nous est évident qu’un tel sujet doit être présenté sur la place publique, l’agora, espace des échanges populaires et de la démocratie par définition.Avec cette création, nous investissons l’espace public duquel la parole est confisquée. Ramener les regards et le débat du Travail du sexe sur la place publique est d’autant plus pertinent qu’aujourd’hui les travailleurs du sexe sont évincés des centre-villes, pour ne plus être vus et déranger la morale et l’ordre publique. Faire entendre la parole des travailleurs du sexe dans l’espace public est ambitieux mais pour nous essentiel afin de décaler les regards.

Scénographie

ESPACE SCÉNIQUE
– 12m x 8m
– Une rue (une place,un parking…)
– Une façade de maison (un bout de mur, une palissade en tôles de
chantier, une vitrine …)

PUBLIC
– Frontal semi-circulaire
– Gradinage souhaitable

DISPOSITIF ACOUSTIQUE
– 2 enceintes en façade pour la parole live
– 4 enceintes sur le coté et derrière le public pour la parole intime

Distribution

Interprètes : Jérôme Benest, Laure Bezolle, Aurélie Lopez, Stéphanie Pin et Sophie Agussol

Mise en scène : Chantal Ermenault

Régisseur son : Eddy Da Costa Freitas

Fiche technique